Il fut un temps – pas si lointain – où la machine aidait l’homme à écrire : corriger une faute, compter les mots, vérifier la grammaire.
Aujourd’hui, c’est l’homme qui écrit pour la machine.
Pas pour être lu par elle.
Mais pour être digéré, réécrit, synthétisé, repris – parfois sans trace, sans lien, sans auteur.
Les moteurs génératifs ne se contentent plus de référencer nos contenus.
Ils les absorbent, les transforment, les recombinent.
Et dans ce processus, une question revient avec une acuité nouvelle : qu’est-ce qu’un bon contenu ?
Est-ce un contenu qui attire l’œil humain ?
Ou un contenu qui nourrit l’algorithme ?
Ou les deux ?

Quand les moteurs deviennent des rédacteurs
ChatGPT, Perplexity, Gemini, SGE… Ces interfaces conversationnelles ne se contentent plus d’afficher les liens.
Elles écrivent à notre place. Synthétisent. Rendent compte.
Et souvent, elles se passent de nous.
On ne lit plus les contenus. On lit ce que les IA en disent.
Cette bascule n’est pas anecdotique. Elle transforme profondément ce que signifie « produire du contenu ».
Rédiger une fiche produit, un article de blog, une page catégorie e-commerce, c’est anticiper leur future résurgence dans les réponses générées.
GEO + SAIO : la double mécanique d’un contenu qui survit
La plupart des professionnels du contenu sont à l’aise avec le SEO.
Beaucoup moins avec ce que j’appelle le GEO (Generative Engine Optimization) et son pendant plus tactique, le SAIO (Search AI Optimization).
- Le GEO demande de produire un contenu structuré pour les IA génératives : citations faciles, réponses directes, blocs prêts à être repris.
- Le SAIO vise à se rendre visible dans les résumés enrichis des SERP, les interfaces hybrides et les assistants IA.
En clair : ne pas se contenter d’être lu, mais devenir source.
Ce que ça implique, concrètement
Je pourrais vous parler de formats optimisés, d’attributs sémantiques, ou de microdata. Mais ce n’est pas l’essentiel.
Ce qui compte, c’est l’intentionnalité.
Un contenu GEO/SAIO est un contenu qui répond avant même qu’on pose la question.
- contextualise immédiatement (le fameux « pour qui ? pour quoi ? »),
- adopte une structure synthétisable (listes, tableaux, définitions, citations brèves),
- assume une voix claire (car l’IA raffole des contenus tranchés),
- et surtout, déploie des briques facilement recombinables.
Vers une nouvelle grammaire du contenu
Produire du contenu GEO/SAIO, ce n’est pas écrire différemment.
C’est penser différemment la trajectoire d’un contenu.
Avant :
je rédige → je publie → je référence → on me lit. (vulgarisé)
Aujourd’hui :
je rédige → je publie → une IA me lit → elle me reformule → on me découvre par son prisme. (vulgarisé également)
Et dans ce jeu-là, il faut réapprendre à fabriquer des fragments.
Des phrases qui vivent bien détachées du contexte, mais qui portent du sens à elles seules.
C’est une autre forme d’écriture.
Presque une écriture destinée à être digérée. Comme des capsules de sens.
Ce qui change pour les e-commerçants (et les rédacteurs qui les accompagnent)
En e-commerce, on ne vend plus (seulement) avec ses pages produits.
On vend dans les résumés IA, dans les comparateurs automatiques, dans les carrousels de suggestions.
Et donc, la fiche produit ne peut plus être une fiche produit.
- une mini-FAQ,
- un guide d’usage,
- un snippet prêt à l’emploi,
- un prompt que l’utilisateur pourrait poser à ChatGPT…
Et oui : un contenu qu’une IA aurait envie de citer.
Tout ça pour quoi ?
À force d’écrire pour les moteurs, on en vient à oublier que ce ne sont pas des lecteurs.
Ils ne lisent pas. Ils vectorisent. Ils découpent, transforment, redistribuent.
Et pourtant, on réécrit nos contenus pour qu’ils soient repris, reformulés, digérés.
Ce n’est peut-être plus le contenu qui change, mais la nature de celui qui écrit.
Car écrire, aujourd’hui, ce n’est plus figer des idées.
C’est semer des fragments dans les architectures génératives.
C’est accepter d’être repris, isolé, remixé — parfois sans signature.
Alors la question n’est plus vraiment “qui va me lire ?”
Mais : “sous quelle forme vais-je réapparaître ?”

